L’entreprise d’Albi vient de décrocher sa première commande pour la version à hydrogène du Businova. Elle intervient dans un contexte de plus en plus favorable à cette technologie en Europe.
Oui, car il s’agit du sixième périmètre de transport urbain en France. Il englobe les 150 communes qui composent les agglomérations de Lens – Liévin, Hénin – Carvin et Béthune – Bruay – Artois-Lys-Romane. Nous avons répondu à un appel d’offres européen et notre bus à hydrogène a été retenu. A travers le projet Bulles, l’agglomération voulait créer une nouvelle ligne de bus à haut niveau de service. Dans la mesure où l’exigence en matière d’autonomie était plus élevée que pour un bus urbain – 300 km contre 200 en temps normal– tout en assurant le confort climatique avec du chauffage, il est apparu que l’hydrogène serait plus compétitif que le bus 100 % électrique à batterie. Notre technologie a donc fait la différence. La commande porte sur six bus qui seront livrés en mars 2019. L’annonce a été faite officiellement le samedi 5 mai, lors d’une grande fête organisée au stade de Liévin devant 12 000 invités. A terme, plus de bus à l’hydrogène pourraient rouler sur ce territoire.
Il faut faire preuve de beaucoup de pédagogie, car c’est une technologie encore peu connue. L’élu à la base n’est pas un technicien. Il faut donc expliquer que le risque est maîtrisé pour les aspects liés à la sécurité. Il faut aussi argumenter sur le coût global de possession. Ensuite, il y a la question de l’infrastructure, mais c’est le même débat concernant le bus 100 % électrique. Les élus sont plus sensibles à la question de l’hydrogène vert, produit à partir d’électrolyseurs, surtout quand le déploiement se situe sur des territoires qui se veulent à énergie positive. La question du matériel roulant est finalement plus simple à traiter. Mais, il est vrai que le coup de pouce vient de la part d’élus qui ont le goût d’innover et de la volonté.
La gamme Businova s’articule autour d’un moteur électrique et d’une batterie de 132 kWh. Autour de ce module, nous pouvons apporter un complément d’énergie avec par exemple un moteur Diesel Euro 6 ou une pile à combustible. Pour cette dernière, nous avons choisi de travailler avec Michelin qui nous fournit une pile de 30 kW de technologie française. A titre de comparaison, le hollandais Van Hool embarque une PAC de Ballard.
Il y a aussi les polonais de Solaris qui ont déjà produit quelques véhicules. On peut s’attendre à voir arriver Daimler, mais aussi de nouveaux acteurs venus de Chine et de Corée. Ces derniers devraient faire des annonces en fin d’année, lors du salon de Hanovre.
Oui, c’est vrai. En Europe, le projet JIVE 2 - co-financé par le FCH 2 JU avec le concours de l'Union européenne - va aider à déployer près de 150 véhicules de ce type, avec une aide de 100 000 euros par bus. Je note que certains pays sont plus volontaires, comme par exemple l’Allemagne et l’Angleterre qui ont commandé des lots plus importants de véhicules. Toutefois, il y a au moins trois collectivités dans l’hexagone qui ont fait acte de candidature auprès de ce programme : l’agglo de Pau, celle d’Auxerre pour le projet EOLBUS et la région Occitanie dans le cadre du projet HYPORT.
Dans le cadre de la loi sur la transition énergétique, les exploitants de transports publics ont pour obligation de renouveler 50 % de leur flotte avec des bus propres en 2020, et 100 % en 2025. Par bus propre, on entend un bus qui roule au biogaz, en motorisation hybride avec un mode zéro émission, en électrique ou à l’hydrogène. La France est le premier pays en Europe à avoir mis en place une telle réglementation. Pour les appels d’offres, cela se passe en direct auprès des collectivités, ou via la centrale d’achat mise en place par l’association AGIR Transport, que préside le maire d’Annecy. Il y a d’ailleurs actuellement au sein de la CATP des lots en compétition qui comprennent des bus à hydrogène.
Interview réalisée par Laurent Meillaud
