Bien que son Premier Ministre soit considéré comme une climato-sceptique, le pays a toutes les cartes en main pour réussir sa transition énergétique. Et l’hydrogène est un moyen de devenir un exportateur d’énergies renouvelables.
Pour le moment, c’est le sud du pays qui montre l’exemple. Le gouvernement local, dirigé par Steven Marshall, vient de publier un plan d’action sur l’hydrogène. Alors que ce territoire arrive déjà à générer 50 % d’électricité d’origine renouvelable, grâce au soleil et aux éoliennes, l’objectif est d’arriver à 100 % en 2030 grâce à ce vecteur d’énergie. La réflexion avait débuté en mai 2017 en Australie Méridionale. Depuis 2018, 4 projets sont à l’étude à base d’hydrogène renouvelable, dont 1 qui va aboutir à la mi-2020 pour alimenter en complément du gaz naturel des habitations à Adelaide. La volonté est d’aller encore plus loin. A partir de ses abondantes ressources naturelles, et d’un vaste espace (1 million de km2, soit 4 fois la superficie de l’Angleterre), la région veut produire massivement de l’hydrogène vert à partir d’électrolyseurs. Cet hydrogène pourra ensuite être stocké puis distribué à travers différents canaux. Il pourra par exemple être injecté dans un pipeline pour rejoindre le réseau de gaz naturel (et éventuellement être à nouveau converti en électricité au moyen d’une turbine à gaz et d’une pile à combustible pour fournir du courant électrique lors des pics de consommation). Un autre débouché concerne la mobilité de façon à alimenter des flottes de trains, camions (dont les engins qui évoluent dans les mines), bus, tracteurs de l’agriculture, voitures et même motos. Des chariots-élévateurs pourraient aussi bénéficier dans les usines de cet hydrogène. Sous forme liquide, il pourrait aussi être utilisé dans l’industrie, en particulier pour produire de l’ammoniac. Il pourrait aussi être exporté vers d’autres pays comme par exemple le Japon, qui entend consommer beaucoup d’hydrogène dans les années futures.
Le sud de l’Australie a aussi financé une étude du CSIRO (Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation), un organisme de recherche scientifique qui a publié en 2018 une feuille de route sur l’hydrogène au niveau national. Le rapport explique que, si une décision politique est prise, et que les investissements suivent (notamment en matière d’infrastructures), l’hydrogène pourrait rivaliser dès 2025 avec les autres sources d’énergie. Il pourrait être utilisé pour la mobilité et le secteur de l’énergie. Le CSIRO pointe aussi du doigt l’importance stratégique de l’hydrogène, qui sous forme liquide permettrait à l’Australie d’avoir une certaine indépendance en localisant sur son territoire des sites de production de carburants synthétiques.
Plus récemment, une équipe germano-australienne a travaillé sur le potentiel énergétique du pays. Il s’avère que l'Australie aura les moyens, d'ici 2050, de produire le double de ses besoins en électricité grâce aux énergies renouvelables. Ce qui lui permettrait d’exporter l’autre moitié d’énergie non consommée ! Il s’agit là du scénario le plus favorable (l’équipe en a étudié 6, par modélisation). Et dans ce cas de figure, l’hydrogène serait de toute façon indispensable.
S’il fallait encore une preuve que ce vecteur d’énergie peut impacter l’économie du pays, il suffit de se référer à l’étude de l’ARENA (Australian Renewable Energy Agency) qui estime le gain potentiel à l’export de 1,7 milliard de dollars australiens et à 2 800 le nombre d’emplois créés à l’horizon 2030. Un groupe de travail* avait déjà identifié l’hydrogène comme un atout pour l’économie. Et des clients sont déjà intéressés, si l’on en croit le récent accord conclu entre l’Australie et la Corée du Sud. Celui-ci vise à mettre en place une économie de l’hydrogène à l’horizon 2030 et à développer des projets dans chacun des deux pays. L’ARENA avait déjà identifié la Corée comme un partenaire très prometteur. Cela se vérifie. De quoi inciter le gouvernement australien à se lancer plus activement dans cette forme d’énergie.
*Council of Australian Governments Energy Council’s National Hydrogen Strategy Working Group
