Conformément aux souhaits du gouvernement, dans le cadre de son plan de relance, l’hydrogène se traduit bien par des investissements dans l’hexagone.
La France, qui se positionne sur les giga-factories de batteries, semble prête à accueillir aussi ses premières usines pour produire massivement des piles à combustible et des électrolyseurs. Si l’on prend l’exemple d’Hydrogène de France (HDF Energy), qui est basé à Lormont, près de Bordeaux (Gironde), l’entreprise va construire sa future usine à Blanquefort sur une partie du site industriel jadis occupé par Ford (et qui y assemblait des boîtes de vitesses). Certes, la jeune société n'occupera qu'une partie d'un terrain de 12 hectares vendu par l'industriel américain à la métropole de Bordeaux, mais c’est déjà un beau symbole. L'entrée en service est prévue en 2023, avec à la clé la création de 100 emplois industriels. A travers ce site, où des piles de forte puissance seront assemblées sous licence avec Ballard, HDF Energy entend adresser les marchés du ferroviaire, de la navigation maritime et celui du stationnaire pour l’alimentation des data centers. L’autre acteur qui fait parler de lui est McPhy. La PME de la Drôme, qui semble déborder de projets, est annoncé du côté de Belfort, en Bourgogne-Franche Comté. C’est lui qui a présélectionné ce site, qui cochait plusieurs cases (structuration préalable d’un écosystème industriel, de recherche et développement, dédié à l’innovation et à l’hydrogène, et existence de partenaires potentiels au sein de la filière ; bassin d’emplois industriels et environnement attractif ; localisation géographique au sein d’un carrefour de l’Europe). « Ce centre d’excellence dédié à l’industrialisation et la production en série nous donnera les moyens de nos ambitions technologiques et industrielles sur le segment des électrolyseurs », déclare Laurent Carme, Directeur Général de McPhy. De quoi contenter Bruno Le Maire, Ministre de l'Economie et de la Relance, qui souligne qu’« il s’agit de la première gigafactory d’électrolyseur française dans le cadre de la Stratégie Nationale Hydrogène » Cependant, la société prévient que la mise en œuvre de cette giga-factory est notamment conditionnée par l’obtention d’un financement dans le cadre de l’IPCEI d’ici fin 2021. Pour sa part, l’Alsace est sûre de voir la filière hydrogène se développer sur son territoire. Le groupe belge John Cockerill a confirmé l’installation d’une usine spécialisée dans la production d’électrolyseurs alcalins de grande capacité sur son site d’Aspach-Michelbach (Haut-Rhin) qui emploie déjà une centaine de personnes. A terme le nombre d’emplois devrait être doublé. L’unité sera bâtie à proximité des locaux existants pour un début de production fin 2022. L’industriel va investir 38 millions d’euros. John Cockerill va d’abord débourser 27 millions d’euros pour transformer le site et démarrer d’ici à 2022 la production d’électrolyseurs de 2 à 5 MW d’abord, puis de 6 MW et 10 MW. Pour augmenter les capacités de production et attendre le GW par an, 11 millions d’euros seront à nouveau investis en 2025.
Dans l’automobile, c’est surtout Renault qui fait dans le made in France. Comme cela avait été promis par le nouveau directeur général du groupe, c’est dans l’hexagone que sera localisée la nouvelle coentreprise fondée avec Plugpower et qui a pour nom Hyvia. Le siège social ainsi que les équipes de R&D seront basées à Villiers-Saint-Frédéric (Yvelines), qui est le centre d’ingénierie et de développement des véhicules utilitaires pour Renault. A 40 km de Paris, et à 20 km du technocentre de Guyancourt, ce site se consacre à l'étude et la conception des véhicules tels que le Kangoo, le Trafic et le Master). Il servait autrefois de site de développement pour SAVIEM puis RVI, les filiales Poids Lourds du groupe Renault. L’assemblage de piles à combustible se fera quant à lui à Flins (Yvelines). Le site, qui produit encore sur place des véhicules (la ZOE, jusqu’en 2024), va être reconverti dans le domaine de l’économie circulaire et de la mobilité électrique. Dans le cadre du projet RE-Factory, l’usine de Flins va faire du retrofit électrique et du recyclage de batteries. C’est donc dans cette lointaine banlieue de Paris que seront assemblées les piles, mais aussi les stations de recharge à hydrogène que Hyvia proposera en même temps que les utilitaires. Il est à noter que la coentreprise va s’appuyer sur les compétences de PVI, une société spécialisée dans la transformation de véhicules lourds (utilitaires et camions) en électrique. C’est une filiale de Renault depuis 2017, située à Gretz-Armainvilliers (Seine-et-Marne). Pour sa part, le groupe Stellantis (PSA et Fiat-Chrysler) a beau de jeu de rappeler que ses utilitaires à hydrogène seront assemblés dans les Hauts-de-France dans l’usine Sevelnord, à Hordain dans le Nord, près de Valenciennes. La technologie H2 est en fait intégrée chez Opel, à Karlsrühe outre-Rhin. C’est le constructeur allemand qui détient l’expertise pour le compte du groupe Stellantis. Toutefois, les composants sont bien d’origine française, car le 4e constructeur mondial a retenu Symbio pour la pile à combustible et Faurecia pour les réservoirs. Ces deux industriels produiront dans leurs usines respectives de Saint-Fons (Rhône) et de Bavans (Doubs). Toujours chez les équipementiers, Bosch mise également sur l’hydrogène. Alors que le PDG du groupe, Volkmar Denner, a annoncé un investissement d’un milliard d’euros, le site de Rodez (anciennement spécialisé dans le Diesel) pourrait se reconvertir en partie dans ce secteur. La direction du site aveyronnais se dit "convaincue" du succès à venir de ses piles à combustible pour l’alimentation de groupes froids du transport routier de marchandises réfrigérées. Toutefois, pour le moment, le plan ne séduit pas la ministre déléguée à l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher, ni les élus locaux et les syndicats.
