La lutte contre le changement climatique est le principal défi qui s'impose à l'aérien dans les décennies à venir. La consommation intégrale des réserves fossiles n'est pas compatible avec les Accords de Paris. L'objectif de 1,5°C implique de limiter la consommation à un sixième des ressources fossiles disponibles. Les conséquences de ce constat sont claires : l'aviation ne pourra pas consommer la dernière goutte de pétrole sur terre, et doit d'ores et déjà se réinventer.
Les acteurs du transport aérien ont engagé, il y a plusieurs années, la transition énergétique du secteur. Dès 2016, l'industrie s'est engagée à diviser par deux ses émissions en 2050 par rapport à 2005 au niveau mondial. Mais ce n'est qu'en 2020, conscients d'une urgence croissante, que les acteurs européens ont publié une trajectoire vers la neutralité carbone en 2050. Nous connaissons désormais parfaitement les trois principaux piliers de la décarbonation : le renouvellement des flottes et l'allègement des avions, le recours aux carburants aéronautiques durables, et le déploiement d'une technologie de rupture, celle de l'avion hydrogène.
Avec l'avion à hydrogène, le secteur est aujourd’hui à l’aube de l’une des plus grandes révolutions industrielles de son histoire. Mais les défis sont nombreux, sur le plan tant technologique qu'économique. Ils concernent principalement le stockage de l'hydrogène à bord de l'avion, sa distribution à grande échelle sur les aéroports, et l'accès pour les compagnies aériennes à un hydrogène vert à un coût maitrisé. Sur les deux derniers volets, notamment, l'aéroport a un rôle majeur à jouer. La réussite de la transformation verte de l'aviation dépendra de notre capacité à mettre en place, d'une part, des solutions viables de transport, de stockage, de liquéfaction, de distribution de l'hydrogène, et d'autre part à déployer des écosystèmes favorisant la multiplication des cas d'usage et l'émergence de capacités à proximité des aéroports. Avec nos partenaires locaux, nous devons construire, brique par brique et étape par étape, le marché local et territorial dans lequel l'avion zéro émission pourra s'insérer. Les aéroports sont d'ores et déjà des hubs intermodaux, leur transformation en hubs énergétiques est désormais engagée. L'avion à hydrogène est un défi territorial, dont la réussite se jouera très largement au sol.
2019 aura été, de manière définitive, l’année du pic des émissions du transport aérien en Europe. Dès 2021, des actions concrètes sont déployées permettant d’infléchir la trajectoire. Une partie d'entre elles sont directement visibles : elles concernent l'incorporation de carburants aéronautiques durables, la poursuite du renouvellement des flottes malgré la crise économique sans précédent. D'autres se jouent discrètement, à une échelle locale. Il s'agit de déployer des écosystèmes hydrogènes aéroportuaires. La rupture énergétique de l'aviation est d'ores et déjà engagée, c'est notre priorité.
Amélie Lummaux - Directrice du Développement Durable et des Affaires Publiques du Groupe ADP
