Jean-François Weber est le cofondateur de GreenGT, dont il est aujourd’hui Directeur Général et Directeur de la Recherche et du Développement. Il est le concepteur du prototype LMPH2G qui a effectué un tour de démonstration le 15 juin dernier en ouverture des 24 Heures du Mans sous la bannière de MissionH24.
Jean-Michel Bouresche est le Directeur Commerce et Marketing de GreenGT Technologies, co-responsable du projet MissionH24 développé conjointement par l’ACO et GreenGT. Il est par ailleurs Directeur Général (ou « Team Principal ») de l’écurie H24Racing qui fera débuter la LMPH2G en compétition.
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Jean-François Weber : A la demande de MissionH24, qui prépare l’apparition d’une catégorie de véhicules à propulsion électrique-hydrogène aux 24 Heures du Mans 2024, GreenGT a fourni à l’équipe en charge de ce projet un prototype de course, la LMPH2G. Il est essentiel que la voiture réponde parfaitement aux attentes de l’équipe du projet. Qu’elle ait pu réaliser ce tour de circuit en lever de rideau de la course est pour elle ce que j’appellerais un « exploit technique banal ». Exploit technique car je pense que la LMPH2G est le seul prototype électrique hydrogène au monde à être capable de rouler sur le circuit des 24 Heures du Mans à une cadence de course. Banal, parce que la LMPH2G réalise cet exploit plusieurs fois par mois depuis le début de sa mise en développement. Elle a accumulé ainsi à ce jour un peu plus de 6000 km sans problème majeur. Son générateur électrique-hydrogène, conçu par GreenGT, est fiable et opérationnel. Au-delà, évidemment, pour une équipe d’ingénieurs, voir tourner au Mans sa voiture est toujours une satisfaction.
Jean-Michel Bouresche : Pour le projet MissionH24, ce roulage était un moment doublement symbolique. D’une part, il marque le véritable début du programme de développement de performance de la voiture qui, jusque-là, était en phase de recherche et développement technologique. Ce travail, assuré par l’équipe de GreenGT est désormais achevé. Le prototype est maintenant entre les mains des personnels H24Racing. D’autre part, la LMPH2G arborait pour la première fois les couleurs de Total, partenaire de référence du projet MissionH24. Cette alliance avait été annoncée 48 heures plus tôt à l’occasion d’une conférence de presse sur le circuit des 24 Heures. Tourner sur le grand circuit du Mans préfigure ce que des prototypes électriques-hydrogène devront faire en 2024 pour les 24 Heures, et sans doute avant dans le cadre de compétitions préparatoires
Jean-François Weber : GreenGT est au service du projet MissionH24 et notre laboratoire répondra aux demandes que l’équipe de Jean-Michel Bouresche. L’avantage de la LMPH2G est qu’elle est au « stade zéro » de son développement sportif. Il y a de la performance à gagner à tout niveau, à commencer par les gains de poids qu’il faut obtenir. Cela en parallèle avec le travail sur l’aérodynamique supérieure et inférieure, les parties mécaniques, les pneumatiques, la liste est longue !
Jean-Michel Bouresche : Nous devons faire d’une voiture-laboratoire une voiture de course. C’est à dire une auto capable de tourner vite et longtemps, de se battre dans un peloton avec des GT3 au développement abouti, aux performances maîtrisées. Aujourd’hui, alors que l’équipe de Jean-François Weber nous confie la LMPH2G, nous préparons le début de son histoire en compétition. Elle va commencer par rouler, beaucoup, aux mains de pilotes de course, sur des circuits aux profils variés. Puis, pas à pas, l’équipe H24Racing en collaboration avec GreenGT va la faire progresser pour qu’elle puisse tenir sa place en course. Notre objectif est d’entrer en Michelin Le Mans Cup en fin de saison 2019.
Jean-François Weber : Nous avons fondé le laboratoire il y a dix ans avec une ambition : trouver des solutions électriques de forte puissance. Alors que tout le monde pensait mobilité privée, notre scope était celui du transport de marchandises et du transport collectif, en particulier urbain. Nous avons rapidement dressé un constat scientifique : dans l’état des connaissances en physique fondamentale et au-delà des connaissances scientifiques globales, la batterie n’était pas la solution. Son rapport poids-énergie stockée, ne permettait pas de combiner forte puissance et haute autonomie. Les deux caractères étaient scientifiquement incompatibles –sans parler des temps de recharge pour des batteries à forte capacité. Nous nous sommes donc logiquement dit que s’il n’était pas possible de stocker cette électricité en quantité suffisante, il fallait la fabriquer à bord du véhicule. La solution du générateur électrique hydrogène s’est immédiatement imposée
Jean-Michel Bouresche : Nous avons rapidement enregistré des retours très positifs de la part de l’industrie de l’automobile comme de celle des transports. On est venu nous consulter sur la faisabilité de solutions de transports de marchandises et de personnes puis, très vite, pour nous confier des projets dont le point de départ tenait souvent en une phrase : « Nous souhaitons disposer d’un véhicule prototype électrique-hydrogène ». Pour faire face à la multiplicité des cas, à leur singularité, nous avons dû beaucoup réfléchir, beaucoup inventer, mettre à l’épreuve nos convictions et nos solutions.
Jean-François Weber : Les qualités propres à la technologie électrique-hydrogène en font la solution la plus sensée lorsqu’il faut, dans le cadre d’une transition énergétique décarbonée, aller loin, vite et transporter lourd, sur route, sur rail ou sur l’eau. Les technologies sont parfaitement maîtrisées et implémentables à tout type de véhicule. Le générateur électrique-hydrogène est fiable, propre et sûr. Son développement n’est pas une affaire d’analyse scientifique ou de mise en œuvre mécanique mais de volonté politique. L’industrialisation suivra.
Jean-Michel Bouresche : L’électrique-hydrogène donne pleinement satisfaction à l’usage et coche toutes les cases d’une transition énergétique de la mobilité réussie. La question n’est plus sur la table. Il faut maintenant que les infrastructures accompagnent, voire précèdent, les besoins industriels. Si l’on veut que le secteur du transport réussisse sa mutation vers l’électrique-hydrogène, il faut lui adresser des messages clairs et tangibles, en dressant par exemple une carte ambitieuse du développement d’un réseau dense de stations de ravitaillement à 700 bars, dont les dates d’ouvertures seront annoncées et respectées. Les grands transporteurs, qui étudient tous sérieusement leur passage à des flottes électriques-hydrogène, investiront résolument lorsqu’ils verront le réseau se développer. Il y a un besoin de visibilité à moyen terme.
Jean-François Weber : En Suisse, de nombreux projets de flottes, de poids lourds ou de bus urbains, sont engagés. Et la filière accélère le développement du maillage de solutions de ravitaillement, publiques ou captives. Nous accompagnons nombre de ces initiatives. Notre rôle de précurseur y est très apprécié.
Jean-Michel Bouresche : La Chambre de Commerce et d’Industrie du Var est impliquée depuis plusieurs années dans la filière H2 en Provence-Alpes-Côte d’Azur, notamment au travers du projet Hynovar. Présent depuis 2012 sur le Parc d’Activités de Signes GreenGT soutient cette initiative depuis le premier jour en mettant à disposition de la CCI son expertise et ses réalisations (les voitures de courses GreenGTH2 et LMPH2G) lors de différents évènements pour promouvoir la solution électrique-hydrogène. A terme, nos travaux actuels sur les camions de transport de marchandises offriront une nouvelle brique à l’écosystème H2. Et dans ce cadre où formation des chauffeurs et des personnels de maintenance seront deux des enjeux futurs, GreenGT se réjouit de la volonté de bâtir à Signes, un Pôle régional de l’Innovation et de la Mobilité du Futur, mitoyen de l’un des plus beaux circuits du monde dont les installations pourront servir de laboratoire et de vitrine de la technologie hydrogène.
