Le 21 juin, ce n'est pas seulement la fête de la musique qui a été célébrée à Houdain, dans le Pas-de-Calais, mais aussi celle de l'hydrogène. Le syndicat mixte des transports Artois-Gohelle (SMTAG) avait en effet choisi cette date pour inaugurer « la première ligne de bus 100 % hydrogène de France » entre les communes voisines de Bruay-Labuissière et d'Auchel.
Avec de l'avance sur le projet concurrent de Pau, la commune – qui fait partie de l’agglomération de Béthune-Bray, a été en mesure de faire rouler un bus à hydrogène en ce premier jour de l’été. Il s’agit du Businova H2 de Safra, d’une longueur de 12 m. Ce véhicule est de conception 100 % française, avec une pile à combustible fournie par Symbio. Pour son alimentation, il est doté de 4 réservoirs contenant 30 kg d’hydrogène et placés sur le toit. La présentation du bus et de la station d’avitaillement ont eu lieu au dépôt d’Houdain-Divion du réseau Tadao, en présence du Président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand. Il est à noter que les cinq autres bus arriveront un à un dans la foulée. Et ils rouleront à vide pour une période de test jusqu’à la mise en circulation officielle avec passagers, cet été. Au total, ce sont 6 bus à hydrogène qui vont rouler sur une ligne à haut niveau de service, la Bulle 6. Dans La Voix du Nord, Sophie Masure, chef de projet hydrogène au Syndicat mixte des transports (SMT) explique : « C’est un projet innovant, démonstrateur, c’est l’avenir en termes d’énergie dans les transports. Nous avons monté le projet alors que les textes de loi n’étaient pas encore écrits ». Cette première est aussi une compétition entre Trandev (qui exploite le réseau Tadao) et Keolis, qui est impliqué dans le projet de Pau.
En ce qui concerne l’infrastructure de remplissage, les partenaires sont aussi tricolores. Le SMTAG a attribué à ENGIE, via sa filiale GNVERT, la conception, la fourniture, l’installation et la maintenance de la station de distribution d’hydrogène. Mais, ce sont les technologies McLyzer et McFilling de McPhy qui sont utilisées dans le cadre de ce projet. L’hydrogène sera produit sur site par électrolyse, à partir d’électricité renouvelable garantie d’origine France, avant d’être distribué à la pompe. Après quinze minutes de recharge, les bus disposeront d’une autonomie de plus de 300 km. Dans sa configuration actuelle, la station McPhy peut produire et délivrer plus de 200 kg d’hydrogène propre par jour. Sa capacité peut augmenter de 30 %, sans modifier la surface totale de l’installation, si les futurs besoins du SMT-AG le nécessitent. « Nous sommes fiers de contribuer avec nos technologies et produits à cette première en France », a commenté Pascal Mauberger, PDG de McPhy.
Sur son site, le SMTAG revient sur la genèse du projet. « Il faut rappeler que la réflexion sur les choix des motorisations de bus a été menée dès 2015, à une époque où personne ou presque n’évoquait l’alternative de l’hydrogène, explique son Président, Laurent Duporge. « Toute notre flotte roulait au Diesel et nous voulions en finir avec ce monopole », commente-t-il. D’autres solutions avaient été envisagées, dont le gaz naturel et l’hybride. « La perspective de l’hydrogène est venue bien plus tard après une rencontre avec Daniel Percheron au conseil régional du Nord-Pas-de-Calais. L’ancien président de l’institution voulait bien nous accorder des subventions mais il souhaitait plus d’audace, une véritable innovation », révèle M. Duporge. Dès lors, le syndicat de transports a mis la machine en route. « Les élus et les techniciens ont planché sur tous les scénarios, étudié toutes les caractéristiques. Ils se sont inspirés des projets émergents en Europe, en Allemagne et aux Pays-Bas notamment. Premier enseignement majeur rapidement identifié : la nécessité de se doter d’une filière hydrogène complète », souligne le Président du SMTAG. Quant au choix de la ligne, il est paru évident : « la Bulle 6 en raison de son périmètre d’action qui nécessite un seul plein/jour avec des bus de 12 m », conclut Laurent Duporge.
Toujours sur le site du SMTAG, on apprend que la Bulle 6 pourrait justement être étendue à terme vers la commune de Lillers, grâce à l’autonomie justement du bus à hydrogène.
