Entre le rapport de l’Agence Internationale de l’Energie, présenté dans le cadre du G20 au Japon, un conseil de chefs d’Etat au niveau européen et le futur G7 à Biarritz, l’hydrogène bénéficie d’une médiatisation mondiale. Il est de plus en plus reconnu comme une alternative en raison de ses capacités de stockage.
Dans le cadre du G20 qui se tenait à Osaka les 28 et 29 juin, sous la présidence du Japon, la question du climat était à l’honneur, mais aussi celle de… l’hydrogène. En effet, les ministres de l’environnement du G20 s’étaient réunis une semaine avant pour annoncer leur volonté commune de coopérer pour développer son usage. Lors de cette réunion, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) avait présenté un rapport, réalisé à la demande du Japon. Ces 203 pages insistent sur la place majeure de ce gaz «propre» dans la lutte contre le réchauffement climatique. Il est temps de passer à l’échelle et de l’appliquer dans le transport, mais aussi dans les réseaux de gaz naturel. L’AIE estime par ailleurs la baisse des coûts de production de l’hydrogène à 30 % d’ici à 2030, en raison de la production en masse de piles à combustible et d’électrolyseurs.
« Ce rapport est important, car il marque un tournant », salue Paul Lucchese, Directeur Adjoint de Capenergies. Cet expert est d’autant mieux placé pour commenter ce rapport, qu’il y a contribué, en tant que Président de l’Accord* Hydrogène de l’Agence Internationale de l’Énergie. Il a fait partie de l’équipe qui a rédigé le document entre mars et juin. « L’AIE n’est pas partie prenante du secteur de l’hydrogène et a un avis autorisé qui est très écouté par les gouvernements », poursuit M. Lucchese. Et d’ajouter : « le bureau de Paris de l’agence, qui ne s’intéressait pas à l’hydrogène il y a deux ans, souhaite qu’il y ait désormais une plateforme permanente sur ce sujet. Par ailleurs, le Clean Energy Ministerial, qui rassemble les ministres de l’Energie de 20 pays, et qui est également lié à l’AIE, va aussi lancer une initiative sur l’hydrogène."
Mais, revenons au rapport. Alors que la production annuelle est de l’ordre de 70 millions de tonnes par an, et que la source provient essentiellement des hydrocarbures, le rapport pointe les nombreux projets à travers le monde de production d’hydrogène vert. Il souligne aussi le rôle moteur joué par certains pays comme le Japon, la Corée, la Chine et même… la France. Ces nations ont mis en place des plans avec la volonté de structurer une filière industrielle et de favoriser le développent d’un hydrogène décarboné. L’Agence Internationale de l’Energie recommande aux pays de profiter de cette opportunité et d’inscrire l’hydrogène dans une stratégie à long terme pour sécuriser les besoins en énergie.
Un message reçu par l’hôte de ce G20, le Japon, qui va coopérer avec d’autres pays pour développer cette forme d’énergie. Le premier accord de coopération, avec l’Union Européenne, a pour but de construire conjointement des démonstrateurs d’hydrogène. Ils feront la preuve du potentiel industriel de ce vecteur d’énergie. Ensemble, le Japon et l’UE se mettront aussi d’accord pour harmoniser la future réglementation du marché. Le second accord, conclu entre le Japon et les Etats-Unis, est comparable. Les deux pays veulent notamment financer un programme d’étude pour observer le rôle de l’hydrogène comme levier pour faire baisser les émissions de CO2.
Si l’hydrogène est aujourd’hui autant considéré, c’est parce que le stockage de l’énergie est au coeur de tous les débats. Et justement, il apporte une solution adaptée. « La problématique des énergies renouvelables concerne leur intermittence puisqu’il devient impossible de générer de l’électricité en absence de vent ou de soleil. L’hydrogène y remédie en offrant une solution de stockage à long terme de l’électricité, sous forme de gaz, lissant ainsi la production électrique issue de sources naturelles. C’est vraiment un élément contributif à l’évolution du mix énergétique et surtout à l’introduction des énergies d’origine renouvelable », explique Daniel Hissel, le responsable du FCLAB à l'UTBM dans Libération. Et il souligne au passage le côté vertueux de l’hydrogène. « Si l’électricité utilisée est d’origine renouvelable et que l’on se situe près d’une source d’eau, nous pouvons alors produire de l’hydrogène en tout point de la planète, à la demande, et de manière totalement propre », conclut cet expert.
Il est à noter que cette année, la France prend la Présidence du G7 (Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni). Le prochain sommet est prévu du 24 au 26 août à Biarritz. C’est une aubaine pour Pragma Industries, qui a son siège dans la ville, et qui a été sollicité pour fournir 200 vélos à hydrogène à cette occasion. « Initialement c'est une demande de l'Elysée, qui cherchait des sociétés du Pays basque à mettre en valeur pendant le G7 », a confié dans la presse Pierre Forte, le PDG de Pragma Industries. Et d’ajouter : « Le nom de Pragma Industries est venu par le bouche à oreille, et l'ambassadeur français chargé de l'organisation du G7 nous a contacté en nous disant que le vélo à hydrogène, c'est de la haute technologie, c'est au Pays basque et dans la thématique de transition énergétique et de protection du climat ». La livraison des 200 vélos à hydrogènes est prévue à la mi-août. Ce sont surtout les journalistes qui couvrent le sommet qui auront l’occasion de le tester, mais c’est une façon de montrer que la technologie existe et que la France a la capacité de jouer un rôle dans cette nouvelle industrie.
Pour être complet, il faut aussi souligner qu’un conseil de chefs d’Etat a eu lieu à Bruxelles la semaine dernière. Au cours de la réunion, il a été acté que l’hydrogène devait être intégré dans la future feuille de route sur le système énergétique en Europe à l’horizon de 2030. Il est y fait mention pour la production d’hydrogène vert à partir d’énergies renouvelables pour le réseau de gaz (point 27 du relevé de conclusions) et la levée de barrières réglementaires pour le développement de ce vecteur d’énergie (point 29). Chez Hydrogen Europe, on note d’ailleurs qu’il n’y a pas une conférence à Bruxelles où l’hydrogène ne soit pas mentionné en ce moment. C’était même le cas récemment au Forum de Madrid, qui est pourtant axé sur le gaz.
Un signe de plus que l’hydrogène est vraiment à l’agenda des dirigeants.
* L’accord hydrogène fait partie des 40 accords de coopération technologique (TCP) de l’AIE. Son objectif est de développer les coopérations scientifiques, techniques et les analyses globales sur l’hydrogène, vecteur énergétique clé dans la transition, à l’échelle internationale. Celui sur l’hydrogène rassemble 200 experts.
