A l'occasion des Journées H2 dans les Territoires de Dunkerque, France Hydrogène a présenté les résultats d'une étude*. Baptisée "Trajectoire pour une grande ambition hydrogène", celle-ci révèle que non seulement les objectifs fixés par la Stratégie nationale hydrogène pour 2030 sont atteignables, mais qu'on peut faire mieux. Et même beaucoup mieux.
Mais auparavant, il faut expliquer quelle a été la méthodologie de ce document de 36 pages. L’étude repose sur une analyse sectorielle et géographique de la demande d’hydrogène et sur un dimensionnement « macro » de la chaîne d’approvisionnement. Par ailleurs, pour chaque segment de marché (industrie et mobilité), les prévisions de volume de marché à 2030 sont basées sur 3 hypothèses-clés : la taille de la 1ère unité commerciale, la date de sa mise en service, un taux de croissance défini par rapport à des conditions de marché prévues et potentielles.
Rappelons que l'ambition du plan français – doté d’un budget de 7,2 milliards sur 10 ans - vise à déployer 6,5 GW d’électrolyse à l’horizon 2030 et éviter ainsi l’émission de 6 millions de tonnes de CO2 par an.
L’étude a planché sur deux scénarios : dans le scénario de base "Ambition 2030", l'objectif visé est une consommation annuelle de 680 000 tonnes d’hydrogène renouvelable ou bas carbone. La grande majorité, 70 %, se destine au secteur industriel pour différents usages (remplacer l’hydrogène issu de gaz naturel utilisé notamment dans le raffinage et la chimie, décarboner l’industrie sidérurgique, relocaliser la production de méthanol en France, mettre en place une filière de production de carburants de synthèse). Ce scénario prévoit ensuite 23 % des besoins pour la mobilité (avec un objectif de 300 000 véhicules légers, 5000 poids-lourds, 65 bateaux et navires et 100 trains) et 7 % pour le secteur de l’énergie (réseaux, stockage, ré-électrification, etc.).
Toutefois, le contexte a changé dans le courant de l’été. Les exigences ont été revues à la hausse en Europe avec des normes plus sévère dans l’automobile en matière de CO2 (– 50 % en 2030 par rapport à 2021 et ‘interdiction du moteur thermique en 2035). De plus, l’instauration de quotas contraignants d’hydrogène renouvelable dans l’industrie à hauteur de 50 % de sa consommation d’hydrogène d’ici 2030 serait un élément important de stimulation de sa production et de baisse de coûts. On comprend dès lors, l’existence d’un scénario encore plus optimiste dans le cadre de cette étude.
Ainsi, le scénario "Ambition+ 2030" rehausse les objectifs de 60 %, soit : 1 090 000 tonnes de consommation annuelle d’hydrogène dont 58 % pour le secteur industriel, 30 % pour la mobilité (450 000 véhicules légers, 10 000 poids-lourds, 135 bateaux et navires et 250 trains et 12 % pour le secteur de l’énergie. La part de la mobilité est plus importante, car ’objectif de 2,6 % d’hydrogène renouvelable dans les transports en 2030 va encourager la distribution d’hydrogène à destination des mobilités lourdes. De plus, elle oblige les 27 Etats membres à déployer des stations de distribution d’hydrogène tous les 150 km sur le réseau autoroutier européen. Et enfin, les nouvelles directives européennes (ReFuelEU Aviation et FuelEU Maritime) vont conduire à la consommation d’e-kérosène dérivé de l’hydrogène pour l’aviation ou en hydrogène, ammoniac et méthanol pour les navires. Du coup, la capacité d’électrolyse devrait passer à 10 GW au lieu de 6,5.
L’étude de France Hydrogène révèle par ailleurs que les consommations d’hydrogène décarboné se concentreront prioritairement dans 7 grands bassins, représentant à terme 85 % de la demande totale. Il s'agit du Grand Ouest, de la vallée de la Seine, du Nord, de la Moselle-Rhin, de l'arc Rhônalpin, du secteur méditerranéen et du sud-ouest. Ces bassins ont été identifiés en raison des projets menés et des pôles liés à l’industrie et à la mobilité. L’étude chiffre au passage à 685 km les besoins en matière de canalisation de transport, afin de relier les 1ers pôles industriels et les unités de stockage géologiques (15 à 20 kt de capacité d’hydrogène pour satisfaire les besoins de l’industrie). Mais il y a aussi de nombreux projets un peu partout en France qui vont contribuer à créer des hubs territoriaux et à mailler ainsi tout un réseau de stations pour les véhicules. En tout, ce sont 1 700 stations qui se profilent à l’horizon 2030.
Cependant, le défi va être maintenant d’assurer la demande en énergie primaire. Si les objectifs de la PPE (Programmation Pluri-annuelle de l’Energie) sont atteints, la production nationale d’électricité en 2030 permettra de répondre aux besoins en électricité de la filière hydrogène (de 37 à 60 TWh pour l’électrolyse), peut-on lire dans ce document. L’association réclame par ailleurs une adaptation du cadre réglementaire au niveau de la production, avec la possibilité pour les acteurs de valoriser les garanties d’origine et la traçabilité.
L’étude aborde également le financement du déploiement de la chaîne nationale d’approvisionnement en hydrogène. Elle nécessite un effort 7 à 12 Md€ pouvant être couvert par le marché via des incitations réglementaires ou par l’Etat via des soutiens publics.
Enfin, il est question du volet industriel avec les projets de « Gigafactories » de piles à combustible, électrolyseurs ou encore de stations de recharge à hydrogène annoncées entre 2025 et 2030. L’étude souligne qu’une stratégie nationale ou européenne est nécessaire pour sécuriser l’approvisionnement des sous-composants critiques dans la fabrication des électrolyseurs et dépendant aujourd’hui exclusivement des importations tels que l’électronique de puissance ou les membranes. Il est également important de mettre en place des filières adaptées pour le recyclage des matériaux rares, ajoute le rapport. La Stratégie hydrogène française gagnerait à être complétée d’un volet de coopération à l’international afin de stimuler les filières industrielles françaises engagées dans un environnement de concurrence internationale. France Hydrogène estime que des coopérations sur l’hydrogène renouvelable avec certains pays hors UE, comme le Chili ou l’Australie, contribueraient à atteindre les objectifs de la stratégie française dans de meilleures conditions.
*réalisée par le cabinet Hinicio pour France Hydrogène avec la participation du Comité Stratégique de Filière Automobile et du Comité Stratégique de Filière Nouveaux Systèmes Energétiques
