Tous les acteurs de la filière étaient présents pour la 8e édition des Journées Hydrogène dans les territoires. L’événement a été un véritable succès, reflétant le dynamisme d’une filière portée par un contexte très favorable.
Les chiffres sont à la hausse…. Avec plus d’un millier d’inscriptions et 1200 badges distribués (dont 200 auprès d’élèves ingénieurs), et l’ensemble des acteurs-clé sur place, la manifestation a vraiment fait le plein. D’autres chiffres ont été revus aussi à la hausse, ceux des ambitions pour 2030. A l'occasion des Journées Hydrogène dans les Territoires de Dunkerque, l’association a présenté les résultats d'une étude* baptisée "Trajectoire pour une grande ambition hydrogène". Et le contexte de ces derniers mois (exigences revues à la hausse de l'Europe avec le paquet Fit for 55 qui interdit le moteur thermique en 2035), a poussé les auteurs à faire preuve d’encore plus d’optimisme. Ainsi, le scénario "Ambition+ 2030" rehausse les objectifs de 60 %, soit : 1 090 000 tonnes de consommation annuelle d’hydrogène dont 58 % pour le secteur industriel, 30 % pour la mobilité (450 000 véhicules légers, 10 000 poids-lourds, 135 bateaux et navires et 250 trains et 12 % pour le secteur de l’énergie.
De plus, la filière est dans l’attente de la publication de la liste des projets retenus dans le cadre des IPCEI au niveau européen. Ainsi, Agnès Pannier-Runacher, la Ministre déléguée chargée de l'Industrie a révélé que 15 des 120 projets liés à l'hydrogène présentés cette année à la Commission européenne seront français. L’un d’eux concerne a priori Hynamics (groupe EDF) et les ciments Vicat. Le projet Hynovi a été pré-notifié par l’État français et est en cours d’instruction par la Commission européenne. Ce projet vise à capter 40 % du CO2 émis par la cimenterie de Montalieu-Vercieu (38). Le carbone produit par la cimenterie sera récupéré et combiné à de l’hydrogène bas carbone pour ainsi fabriquer du méthanol. Pour sa part, Barbara Pompili, la Ministre de la Transition écologique, a déclaré que « la France doit prendre sa place avec une stratégie ambitieuse et cohérente pour notre souveraineté ». Elle s’est dite déterminée à placer « la filière hydrogène au cœur de la transition écologique ».
*réalisée par le cabinet Hinicio pour France Hydrogène avec la participation du Comité Stratégique de Filière Automobile et du Comité Stratégique de Filière Nouveaux Systèmes Energétiques
A Dunkerque, le Président de France Hydrogène, Philippe Boucly, a souligné que la France se situait dans le peloton de tête, alors que 30 pays ont élaboré une stratégie dans le domaine de l’hydrogène. Et pour lui, « l’ennemi c’est le carbone ». Appelant à une approche pragmatique et non pas idéologique, il a expliqué que la France devait s’appuyer à la fois sur de l’hydrogène renouvelable (même si « la France n’est pas dans les clous en matière d’EnR » selon lui) et bas carbone. Une façon de répondre aux critiques soulevées cet été par une étude de deux universitaires américains qui concluaient que ce mode de production - à partir de gaz naturel et en capturant le CO2 - ne va pas dans le sens de l'environnement. En écho, le Président de la Communauté Urbaine de Dunkerque, Patrice Vergriete, a déclaré qu’il fallait à la fois des éoliennes off-shore (un parc de 600 MW va voir le jour d’ici 2027) et du nucléaire pour produire de l’énergie. Pour lui, « il n’y a pas de débat ». Ce qui est certain, c’est que le bassin dunkerquois – qui représente à lui seul 1/5e des émissions de CO2 industrielles du pays – a vraiment envie de relever le défi. Il a pour ambition de devenir le premier hub CO2 et H2 français dédié à la décarbonation. Et il ne manque pas de projets, avec ceux d’ArcelorMittal (qui a présenté sa feuille de route pour le CO2), du Grand Port de Dunkerque (qui veut des stations pour les camions de logistique), ou de H2V qui veut produire de l’hydrogène vert à Loon-Plage à hauteur de 28 000 tonnes par an.
Dans son étude dévoilée aux Journées Hydrogène de Dunkerque, France Hydrogène a abordé la question de la réindustrialisation. Ainsi, les « Gigafactories » de piles à combustible, électrolyseurs ou encore de stations de recharge à hydrogène annoncées entre 2025 et 2030 permettront aux industriels nationaux de prendre une part de marché significative au niveau national, tout en se positionnant fortement à l’export en Europe et dans le monde. Et parmi ces acteurs, deux d’entre eux ont pris la parole en plénière. « Il faut des bâtisseurs du futur, pas des idéologues », estime Philippe Rosier, le PDG de Symbio. Lequel estime toutefois que si les industriels seront au rendez-vous, « le succès dépendra du prix de l’hydrogène vert ». Quant à Luc Poyer, le Président de McPhy, « il se félicite de voir que l’industrie ne s’est pas arrêtée avec le covid ». La PME multiplie les projets, en France (projet de Gigafactory à Belfort, collaboration avec Haffner Energy à Strasbourg) comme dans d’autres pays d’Europe. Les deux patrons avaient fait le déplacement à Dunkerque pour la table ronde « Développer et re-dynamiser le tissu industriel français grâce à l’hydrogène ». Pour sa part, Philippe Boucly se réjouit de voir des acteurs comme John Cockerill investir dans l’hexagone (usine d’électrolyseurs en Alsace) et de voir émerger des initiatives comme l’usine de Genvia à Béziers. La filière voit enfin se concrétiser des projets qui, pour certains, étaient dans les tuyaux depuis déjà un certain nombre d’années.
Il a été question également de mobilité à Dunkerque. Proximité de Lens oblige, un retour d’expérience a été fait sur les bus déployés par le SMTAG (Syndicat Mixte des Transports Artois-Gohelle) sur une ligne de 13,4 km. Le syndicat a utilisé des bus Safra qui n’étaient encore que des modèles de présérie, mais le bilan est positif et il va acquérir d’autres bus. Le Président de la Communauté Urbain de Dunkerque aimerait en faire de même. Lors d’un point presse, il a confié son envie de commander 10 bus à hydrogène et de convertir à terme l’ensemble de la flotte. Pour l’élu, qui a instauré la gratuité du transport public – doublant ainsi la fréquentation – ce serait un beau symbole que de faire rouler ces bus avec l’énergie – gratuite elle aussi – du vent de Dunkerque. De plus, la station de remplissage serait ouverte également aux particuliers. Sauf que… les bus à hydrogène coûtent plus de deux fois le prix par rapport à un bus Diesel. Et la cité de Jean Bart, qui veut aussi faire l’acquisition de bennes à ordures H2 – comme bien d’autres villes en France – sait bien que le prix est bien au-delà de 500 000 € pour un véhicule de ce type. Il convient donc de lever ces barrières. L’ADEME est justement là pour aider. Fabrice Boissier, le Directeur général, a annoncé que 275 millions d’euros étaient prévus (dont 75 dans le cadre du plan de relance) pour financer des projets de déploiement (100 millions cette année, 175 en 2022) dans l’hydrogène bas carbone. Ce soutien permet justement d’amorcer la pompe et d’aider les industriels à produire des véhicules pour les rendre plus abordables. A ce jour, 19 projets ont déjà été sélectionnés dans les territoires pour 447 M€ d’investissements.
« La France n’a pas la stratégie hydrogène la plus ambitieuse au monde mais l’écosystème le plus complémentaire », a souligné à Dunkerque Mikaa Mered, professeur en géopolitique des pôles à Sciences Po Paris et HEC Paris. A ce jour, on compte 43 stations à hydrogène et 400 véhicules en circulation dans l’hexagone. Des chiffres amenés à être revus rapidement à la hausse. L’Occitanie porte par exemple un projet pour décarboner le transport routier lourd sur un axe Nord/Sud allant de la Méditerranée à la Mer du Nord, en développant les usages de l’hydrogène vert. L’objectif de Corridor H2 est de déployer d’ici fin 2023 : 2 unités de production d’hydrogène vert, 8 stations hydrogène, 40 camions à propulsion H2, 22 unités réfrigérées, 40 remorques frigorifiques, 15 autocars H2 en rétrofit. On pourrait aussi citer VHyGO, qui a pour ambition de déployer 10 sites de production, 20 stations de distribution et 500 véhicules à hydrogène d’ici 2024 sur les régions Bretagne, Pays de la Loire et Normandie. C’est justement une ville de cette région qui accueillera la prochaine édition des Journées Hydrogène dans les territoires en 2022. Il s'agit de Rouen. La métropole normande fait figure de pionnière. Dès 2017, elle accueillait une station dans le cadre du programme EAS-HyMob. Plus récemment, la Métropole Rouen Normandie et le Groupe français VALOREM ont été présélectionnés pour l’appel à projet « Ecosystèmes territoriaux Hydrogène » lancé par l’ADEME pour leur projet « Rouen Vallée Hydrogène ». Celui-ci vise à développer sur le territoire la première unité de production d’hydrogène vert. Cette station sera alimentée à partir d’électricité renouvelable solaire afin de satisfaire les besoins de 11 bus qui seront intégrés à la mi-2022 au réseau de transports en commun géré exploité par Transdev Rouen. Et c’est également ce même acteur, avec le concours de la région et de plusieurs acteurs, qui a procédé au retrofit d’un autocar Diesel en hydrogène. Le véhicule circulera en 2022 avec des voyageurs à bord sur la ligne régionale Nomad Car express Evreux-Rouen. Cet autocar sera sans doute l’attraction des Journées H2 de 2022, sachant que la conversion à l’hydrogène de véhicules lourds suscite de plus en plus d’intérêt, un peu partout en France.
