Le président de la région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, a choisi un cadre évocateur, fin octobre : le chantier naval Bretagne Sud à Belz (56). Ce site a lancé la construction de deux catamarans à hydrogène, l’un pour la PME Avel Marine Concept, l’autre pour le Yacht Club de Monaco. Le choix n’est pas innocent. La Région veut voir émerger « trois écosystèmes portuaires utilisant l’hydrogène renouvelable entre 2023 et 2030 » avec une production allant jusqu’à 1 tonne d’hydrogène par jour et par site, « soit 5,8 millions de litres de carburant et diesel marin économisés et 15 000 tonnes de CO2 évitées par an ». Ces écosystèmes portuaires seront en quelque sort des hubs énergétiques, qui pourront aussi accueillir une production d’hydrogène offshore. Justement, la région souhaite un démonstrateur de ce type, l’idée étant que les futurs champs éoliens en mer puissent produire de l’hydrogène entre 2040 et 2050. Un autre objectif est de créer une « première flottille de 10 navires pilotes (desserte passagers, cabotage de fret, manutention, pêche), à chaîne propulsive électro‐hydrogène, sur une gamme de puissance s’étalant de 500 kW à 6 MW ». Par ailleurs, à compter de 2022 et jusqu’en 2040, la région entend procéder au renouvellement de sa flotte de navires en mode décarboné, et en privilégiant autant que possible la filière hydrogène Précisons que des acteurs du monde maritime étaient d’ailleurs présents lors de cette présentation comme Energy Observer Developments, Sofresid, ou encore Alca Torda Applications (qui en 2002 a intégré une pile à combustible à bord d’un voilier - Le Branec III - qui participait à la Route du Rhum).
La feuille de route s’appuie aussi sur d’autres spécificités régionales, comme les énergies marines renouvelables, les smart grids, les applications de stockage ou encore la logistique agroalimentaire.
La région souhaite disposer au total de huit boucles locales d’hydrogènes renouvelable et à bas carbone, réparties sur le territoire. Cela lui permettra d’alimenter 400 véhicules en 2025, évitant ainsi le rejet de 8 000 t de CO2/an. L’objectif est ensuite d’arriver à 2 800 véhicules d’ici 2030 (dont 65 % d’utilitaires légers, 30 % de poids lourds, 30 % de véhicules particuliers, 4 % de bus et de cars pour réduire les gaz à effet de serre dans les transports). L’objectif est aussi d’approvisionner les ports, gares et aéroports en H2 vert.
Aujourd’hui, la filière hydrogène bretonne représente 145 acteurs, dont 78 entreprises, 44 collectivités, 15 structures d’accompagnement et huit établissements de recherche et formation
« Nous sommes à un tournant climatique et nous avons en Bretagne un terrain de jeu extraordinaire pour développer nos spécificités comme l’industrie maritime, les énergies marines, etc. », a souligné Loïg Chesnais-Girard, rappelant que la Breizh COP avait notamment fixé une réduction par quatre des émissions de gaz à effet de serre à horizon 2050 pour la Bretagne.
Il existe d’ores et déjà une dizaine de projets. Certains d’entre eux concernent la mobilité comme Effi H2 à Vannes (station alimentée par l’usine de Michelin), H2X à Vannes, ou encore H2 360 à Saint-Malo qui concerne à la fois le transport à terre et en mer. Dans le domaine maritime, le projet Hylias (HYdrogen for Land, Integrated renewables And Sea) vise à développer d’ici 2023 un navire de 24 m de long qui naviguera entre la cinquantaine d’îles du golfe du Morbihan, actuellement desservies par des bateaux à propulsion classique, au fioul, en zone parc Naturel. Le bateau, qui pourra accueillir à son bord entre 150 et 200 passagers, sera propulsé par deux moteurs électriques de 250 kW alimentés par un système de deux piles à combustible (de 300 kW chacune) fonctionnant avec 350 à 400 kg d’hydrogène stockés à bord dans des réservoirs haute pression à 350 bars. L’autonomie énergétique est étudiée sur les îles (Molène H2) ainsi que dans les bâtiments (H2 Gremm) à partir d’énergies renouvelables. Plus anecdotique, le projet Green Pig vise à transformer l'urine de porc en hydrogène vert à Credin (Morbihan).
Détail : https://www.bretagne.bzh/app/uploads/20_DCEEB_04_Deploiement_de_l_hydrogene_renouvelable-tampon.pdf
