Cet éditeur de solutions digitales entend faciliter l’accès aux stations d’hydrogène et assurer leur interopérabilité. Une approche originale qui capitalise sur une expérience menée par Symbio en Normandie.
Je suis arrivé en 2015 chez Symbio. La société comptait déjà une vingtaine de personnes et se répartissait entre Paris, Grenoble et Chambéry. Je m’y occupais des stations, et plus précisément de la communication avec le véhicule. A la base, comme Fabio Ferrari, je suis un ancien des télécoms. C’est d’ailleurs lui qui a eu l’idée de créer un opérateur virtuel, ce qu’on appelle dans le jargon un MNVO (mobile network virtual operator) et qu’il a rebaptisé un HNVO (hydrogen network virtual operator). Dans la téléphonie, c’est une pratique courante, mais dans le monde de l’énergie, ça choque. Aussi, nous avons repris un modèle hérité de l’industrie pétrolière en l’adaptant à la mobilité hydrogène. Tout le monde connaît le principe de la carte Total par exemple pour faire le plein. On propose la même chose mais avec une application qui permet d’accéder à toutes les stations H2.
Ils ont vécu une profusion de technologies dans les années 70 avec des logiciels qui étaient différents pour les pompes, le lavage, l’aspirateur et la caisse. Cela a conduit à la création d’une association pour élaborer une norme commune.
Dans le cadre du projet EAS-HyMob, nous avons développé le protocole NEROP (New Energy Recharge Open Protocol) en open source. Il permet d'identifier l'utilisateur via une application mobile ou un boîtier disposé dans le véhicule. Le protocole a d’abord débuté sur la station de Rouen en 2017. Par la suite, j’ai créé en 2018 la start-up Fillndrive pour répondre aux besoins d’autres clients qui avaient ce souci d’accès aux stations. C’était le cas d’Air Liquide qui avait du mal à gérer les droits d’utilisation des chauffeurs de Hype dans ses stations en région parisienne. Nous avons donc fait une preuve de concept qui a permis, au bout de quelques mois, d’assurer les premiers pleins. La solution digitale a ensuite été déployée à tous les chauffeurs. L’intérêt est double, puisque d’un côté Air Liquide a une vision en temps réel de ce qui se passe dans ses stations, dont les pannes, et de l’autre Hype gère l’identification de ses chauffeurs auprès des stations avec l’application mobile ou des badges RFID.
Nous vendons un équipement qui permet de payer en libre-service. C’est ce qu’on appelle un Point of Sale. Ce système permet d’identifier le client, de déverrouiller la station et d’enregistrer la transaction. Nous facilitons également l’accès aux autres opérateurs. Fillndrive est un fournisseur de technologies, utilisées aussi par d’autres en marque blanche. Notre offre est par exemple appliquée par la société d’économie mixte Hympulsion à la station de Chambéry, liée au projet Zero Emission Valley. Toujours en France, nous allons également être présent au sein de la future station H2 de Dijon du projet DMSE, en plus des stations EAS-HyMob de Normandie. Notre solution va aussi être mise en service par un pétrolier pour alimenter des bus aux Pays-Bas. Au total, 13 stations utilisent Fillndrive et il y en aura bientôt 45.
Plus exactement, nous avons développé une application qui a pour nom H2-360 et que porte EODev (Energy Observer Developments). Elle donne l’accès à toutes les stations, en France mais aussi en Europe. Non seulement elle guide vers les stations et permet de payer le plein, mais elle innove aussi par un affichage en temps réel du plein. On peut en effet visualiser le contenu du réservoir, ce qui est unique au monde. Cela est rendu possible par la liaison infrarouge intégrée dans le véhicule et qui permet de communiquer avec la station. Fillndrive remonte ces infos et les fait suivre dans l’application.
Nous travaillons actuellement sur une nouvelle norme sans fil, de façon à proposer une alternative aux industriels qui n’ont pas prévu de liaison infrarouge ou qui utilisent des câbles. Notre choix s’est porté sur le Bluetooth low energy (BLE). C’est une technologie éprouvée, à faible coût, flexible et robuste. Elle permet de localiser plus précisément le véhicule par triangulation. C’est d’ailleurs un standard sur lequel travaille aussi Nikola Motor.
Ne refaisons pas la même erreur que dans la recharge électrique, où dans les premières années il y a eu plein d’acteurs avec différents types de prises et des bornes où le paiement par CB n’était pas prévu. Cela a été un gros fiasco. Aujourd’hui encore, pour traverser l’Europe, il faut une multitude de badges et passer des contrats auprès de plusieurs opérateurs. La situation tend toutefois à s’améliorer avec l’apparition de protocoles en open source comme l’OCPI/OCPP (Open Charge Point Interface/Open Charge Point Protocol). Nous avons proposé au FCH-JU un atelier sur l’interopérabilité et poussons pour une normalisation dans l’hydrogène.
