L'édition 2019 des journées hydrogène dans les territoires à Marseille s'est soldée par un succès, avec 540 inscrits. Si l’événement a été l’occasion de donner un coup de projecteur sur les projets en cours dans le Grand Sud, il y a eu aussi plusieurs annonces dans le domaine de la mobilité.
Lors de l'inauguration de ces journées, le président de la région, Renaud Muselier, a parlé de ses ambitions en matière de développement durable. Quelque 500 millions d'euros vont être consacrés dans un programme qui a pour nom "une COP d'avance". Celui-ci comprend une centaine de mesures, dont certaines concernant la mobilité. L'hydrogène fait partie des leviers identifiés par la région pour décarboner le transport. Renaud Muselier a annoncé qu'il allait lancer un plan zéro émission qui consiste à implanter des stations de remplissage d'hydrogène, en plus de bornes électriques. Il a expliqué que chaque énergie correspondait à un usage et qu'il fallait laisser le libre choix aux français. Un peu avant lui, Martine Vassal, Présidente du département des Bouches-du-Rhône, et Présidente de la métropole Aix-Marseille-Provence, avait annoncé qu'elle était prête à tester des bus à hydrogène, des bennes à ordures ménagères H2 et des navettes maritimes alimentées par pile à combustible. Et ce, même si le territoire met plus l'accent en ce moment sur l'électrique à batterie. Pour l'anecdote, Martine Vassal, qui a conduit la Toyota Mirai, a proposé à Renaud Muselier de le raccompagner avec ce véhicule à hydrogène.
La Région Sud est très favorable à cette forme d’énergie. Elle soutient notamment le projet Jupiter 1000 (power-to-gas à Fos-sur-Mer porté par GRTgaz), Hynovar (qui repose sur un partenariat CCI du Var, Engie Cofely, le circuit Paul Ricard, les Bâteliers de la Côte d’Azur et Hyseas Energy pour l’installation de deux stations de production-distribution d’hydrogène et un développement de la mobilité terrestre et maritime avec de l’hydrogène), mais aussi Hygreen Provence (un parc solaire de 1 500 hectares porté par l’agglomération Durance Lubéron Verdon permettant de produire de l’hydrogène vert, à hauteur de la consommation de quelque 1 400 bus, et de livrer un soutien au réseau électrique) ou encore Hyammed (qui vise à déployer une station d’approvisionnement sur le site portuaire industriel de Fos-sur-Mer). La Région peut d’ailleurs compter sur le pôle de compétitivité Capenergies, qui aide déjà une vingtaine de projets et anime l’écosystème hydrogène de la région, au sein du club H2 Sud.
Parce que les journées se déroulaient à Marseille, il a été question de la pollution des bateaux. Un branchement des navires à quai au réseau électrique pourrait se faire grâce à la pile à combustible en alternative au Diesel. Marseille mais aussi Toulon étudient la question avec des projets utilisant des piles de 2 MW. Franck Verbecke, d’Helion Hydrogen Power a rappelé que l’organisation maritime internationale a fixé des objectifs de réduction des rejets (CO2, SOx, NOx) de 30 % en 2030 dans les ports et de 50 % en 2050, par rapport aux niveaux de 2018.
Invitée à s’exprimer, l’agence de l’énergie a fait le point sur les appels à projets. On a appris ainsi que, si ces projets (les 11 retenus dans le cadre de l'AAP écosystèmes de mobilité) sont menés à bout, la France aura réussi à atteindre en 2023 50 % des objectifs fixés dans le cadre du Plan National Hydrogène. Les projets en question prévoient en effet 1800 véhicules, dont 1000 pour le seul projet ZEV (Zero Emission Valley) de la région Auvergne-Rhône-Alpes, 70 véhicules lourds et 50 stations de remplissage (avec une production estimée à 1400 tonnes d'hydrogène par an). A titre de comparaison, le plan Hulot prévoit 5000 véhicules légers, 200 véhicules lourds et 100 stations à l'horizon 2023. Le directeur général délégué à l'ADEME, Fabrice Boissier, a appelé les porteurs de projets à faire preuve d'ambition et à montrer que l'hydrogène permet d'apporter des modifications structurelles de la mobilité. Pour lui, remplacer un véhicule Diesel par un véhicule électrique pour le même usage n'apporte pas grand-chose à la transition énergétique. En revanche, faire des liens entre le monde industriel et la mobilité pour mutualiser la production et la distribution est plus porteur de sens. L'ADEME espère également que le prix de l'hydrogène va baisser. Celui-ci est estimé entre 8 et 13 euros du kg, ce qui situerait le TCO (coût de possession) du véhicule à combustible à 5 à 20 % de plus par rapport à son équivalent Diesel. Pour l'anecdote, l'agence a fait part de sa déception pour le récent AAP sur l'industrie. Il n'y a eu que 11 projets déposés, contre 24 sur le thème de la mobilité. L'ADEME lancera par ailleurs un autre AAP sur les zones non interconnectées au réseau électrique, dans les DOM-TOM, avant la fin de l'année.
C’était très clairement le temps fort de ces journées. Valérie Bouillon-Delporte (Michelin, Hydrogen Europe) et un représentant de l'UGAP (Union des groupements d’achats publics) ont annoncé un programme inspiré d'une initiative européenne. Sur le modèle du consortium H2 Bus, qui va permettre le déploiement de 1000 bus à hydrogène d'ici 2023 (dont 600 dans un premier temps avec des subventions) sur le vieux continent, la France va donc donner un coup d'accélérateur au transport public décarboné. En préambule, Valérie Bouillon-Delporte a rappelé que le temps n'était plus à l'expérimentation, mais au passage à l'échelle. Si quelques villes pionnières ont ou vont déployer des premiers véhicules (Versailles, Pau, Artois-Gohelle, Toulouse, Auxerre), ce ne sont pas moins de 88 véhicules qui vont rouler un peu partout en France d'ici quelques mois, Il s’agit désormais de passer un cap et d’aller même au-delà des objectifs du plan National hydrogène de juin 2018 (200 véhicules lourds à horizon 2023). C'est là qu'intervient l'UGAP. La centrale d’achat va proposer aux collectivités partenaires de fonctionner en co-prescription sur les bus hydrogène, c’est-à-dire de bâtir ensemble des offres sur ces véhicules. Ce mode de fonctionnement a déjà fait ses preuves, en particulier en 2011-2012 sur les Véhicules utilitaires légers électriques (groupement de commande « 50.000 véhicules électriques » entre plusieurs grands donneurs publics et privés). Pour la centrale, qui vend plus de 25 000 véhicules par an, il est naturel d'ajouter l'hydrogène en plus des bus électriques ou hybrides. La construction de l'appel d'offres se fera à partir du mois de septembre.
À l'occasion des Journées Hydrogène dans les Territoires, l'AFHYPAC (Association Française pour l'Hydrogène et les Piles à Combustible) a dévoilé sa plateforme en ligne VIG'HY. Cette dernière se veut un observatoire de l'hydrogène en France. Cet outil cartographique permet de recenser les projets, initiatives et stations de recharge en France. Il s'appuie sur les remontées de données de l'ensemble des acteurs de la filière. Un système de filtres (domaines d'application, avancement, niveaux de pression, type de véhicules) permet de faire le tri entre les différents niveaux d’informations et ainsi de faciliter la navigation. L’association souhaite ainsi rendre compte de la dynamique enclenchée par les différents acteurs sur l'ensemble du territoire. La carte sera actualisée régulièrement.
Le programme des visites techniques prévoyait une escale sur le mythique circuit Paul Ricard. Le site accueille de nombreuses manifestations sportives, dont le Grand Prix de France de Formule 1 qui a fait son retour en 2018. Il se trouve que le circuit est l'un des membres du projet Hynovar, en partenariat avec la CCI du Var, Engie Cofely et Capenergies. Le 11 juillet après-midi, un atelier consacré aux usages liés à la mobilité a été organisé au sein de l’Xtrem Park, le parc de loisirs du circuit. Les participants ont eu droit à une présentation de la station d’avitaillement en hydrogène, installée dans le rond-point des énergies. Ils ont pu voir aussi le prototype de course de GreenGT. Ce bolide de course à l'hydrogène est celui qui a été développé dans le cadre de MissionH24 avec l'ACO, en vue des 24 h du Mans en 2024. Olivier Legac, l'un des membres de l'entreprise (dont le siège est sur le circuit), a d'ailleurs fait une présentation sur cet ambitieux projet. Lors de cette même session, il y a eu aussi des interventions de Stéphane Arnoux, d’ENGIE Cofely, sur le projet de mobilité terrestre BtoB, ; d'Arnaud Vasquez de Hyseas sur la mobilité maritime et urbaine en métropole ; d'Hervé Moine, de la CCI du Var, sur les futurs projets d’Hynovar ; et de Nathalie Reitzer, Directrice des Ressources Humaines et Développement durable du circuit Paul Ricard, sur la politique de développement durable du site. Celle-ci s'articule autour de plusieurs axes : la production d’électricité verte grâce à 20 000 m² d’ombrières photovoltaïques positionnées sur un des parkings du circuit (auxquels il convient d’ajouter les 1500 m² sur le hangar H5 de l’Aéroport International du Castellet, et également 600 m² de projet de toiture au circuit) ; les usages internes en matière de mobilité durable (flotte de véhicules électriques et projets d’acquisition de véhicules à hydrogène (SUV et minibus H2) ; les usages externes à destination du grand public (accès 24h/24 aux bornes de recharge pour véhicules électriques et hybrides, station H2) ; la mise à disposition des infrastructures du circuit pour l’accueil de sessions de roulage de véhicules à hydrogène, puis à terme l'organisation de compétitions ; et enfin une démarche destinée à favoriser l'acceptabilité sociale en sensibilisant le grand public à l'hydrogène, et en organisant des opérations marketing comme le projet avec les taxis de l’aire toulonnaise.
Le pétrolier était l’un des exposants des Journées Hydrogène dans les Territoires de Marseille. Total a en effet pris un stand, sur lequel il a mis en avant son partenariat avec MissionH24 (la voiture de course élaborée par GreenGT pour l'ACO et qui permet de valider l'arrivée aux 24 h du Mans d'une catégorie hydrogène). On pouvait aussi voir à travers une maquette comment fonctionne l'électrolyse pour produire de l'hydrogène vert. Mais surtout, Total a édité une brochure pratique ("Tout sur le véhicule à hydrogène") qui explique le fonctionnement de cette source d'énergie. "Si le parc de véhicules à hydrogène est encore modeste, nous innovons dans des projets pilotes pour préparer la mobilité de demain. La voiture à hydrogène présente de sérieux atouts : elle combine les avantages des véhicules électriques en termes d'émissions et ceux des véhicules thermiques classiques en termes d'autonomie et de temps de recharge", peut-on lire en introduction. On y apprend à la fin que le pétrolier est partenaire en Allemagne du réseau H2 Mobility, qui comprendra 400 stations en 2023. Le groupe est impliqué depuis 2002 dans ce pays dans le domaine de l'hydrogène. Dans le cadre des conférences, Isabelle Patrier, Présidente de Total Développement, a annoncé que le groupe comptait exploiter 35 stations à hydrogène en Europe d'ici fin 2019. Cette source d'énergie s'ajoute aux bornes de recharge (300 stations de charge rapide, 170 000 points de charge d'ici 2025), du GNV (350 stations en 2022) et aux biocarburants. Total soutient par ailleurs des start-up françaises dans l'hydrogène, dont par exemple Hysilabs et Sunfire.
En clôture des journées, l'AFHYPAC a révélé que la prochaine ville à accueillir ces journées serait Dunkerque. Sur Twitter, Frédéric Nihous, conseiller régional délégué à la transition énergétique se dit "très heureux de voir les Hauts-de-France retenus pour l'organisation 2020 des Journées de l'Hydrogène dans les territoires". Dunkerque est en pointe dans le cadre du projet Grhyd (Gestion des réseaux par l’injection d’hydrogène pour décarboner les énergies). Inauguré en juin 2018 et piloté par Engie, ce projet vise à tester le « power-to-gas » dans un écoquartier tout neuf. Le 11 juin, le démonstrateur Grhyd a injecté 20 % d’hydrogène dans le réseau de distribution de gaz naturel du quartier « Le Petit Village », à Cappelle-la-Grande. Il s’agit du taux maximum que s'était fixé Engie pour ce projet de « power-to-gas ». Dans le Pas-de-Calais, il y a bien sûr d'autres initiatives dans le domaine de l'hydrogène. On pense notamment aux bus qui vont rouler près de Houdain, à l'initiative du Syndicat mixte des transports Artois-Gohelle. La région est favorable à cette forme d'énergie, puisqu'elle la qualifie de "3ème révolution industrielle". L'hydrogène a été identifié comme l'un des 10 grands projets structurants, notamment pour faciliter l'intégration des EnR. Parmi les acteurs locaux, on peut citer Pôlénergie, qui veut traduire la transition énergétique en opportunité économique pour les entreprises et territoires des Hauts-de-France. Créé en 2011 par la volonté du Conseil régional du Nord-Pas de Calais et la Communauté Urbaine de Dunkerque, l’association Energie 2020, qui devenue en 2018 Pôlénergie, rassemble une centaine de membres comprenant l’ensemble de la chaîne de valeur de l’énergie (Production, Transport, Distribution, opérateurs, électro-intensifs, équipementiers), les territoires, associations et enfin le monde académique.
Bref retour en vidéo avec quelques questions aux acteurs institutionnels et industriels présents lors de cette édition :
https://youtu.be/2YkpSlc31WY
https://youtu.be/NMntyPTZ7bo
