Créé à l'occasion du Forum de Davos, en début d'année, le Conseil de l'Hydrogène* n'a pas manqué l'échéance de la COP23, qui se déroulait à Bonn, en Allemagne. Le Conseil a en effet pris la parole au pavillon du développement durable, où il a présenté une étude de McKinsey dont les résultats ont été très largement commentés.
Baptisée "Hydrogen Scaling Up", l'étude de 80 pages révèle que, si l'hydrogène était déployé à large échelle, il pourrait contribuer à lui seul à une réduction de 20 % des émissions de CO2 en 2050. Soit, une diminution en volume de 6 gigatonnes, par rapport aux niveaux constatés aujourd'hui.
Pour McKinsey, la demande serait au rendez-vous dès 2030 avec un potentiel de 10 à 15 millions de voitures et de 500 000 camions à hydrogène. Cette forme d'énergie ne serait pas cantonnée à la seule mobilité. Elle pourrait trouver des applications dans le stationnaire et pour le stockage d'énergies renouvelables telles que l'éolien, le solaire et toute autre forme d'électricité verte.
La demande pourrait être multipliée par 10 d'ici 2050, pronostique ensuite la firme américaine. L'étude souligne que la population mondiale va augmenter de 2 milliards d'habitants d'ici là et que l'hydrogène a donc de sérieux atouts pour répondre au défi d'un développement durable. Ce vecteur d’énergie aurait, selon McKinsey, la capacité de stocker 500 TWh d’électricité. Dans le transport, l’hydrogène pourrait représenter jusqu’à un quart du marché. L’étude évoque ainsi en 2050 les chiffres très impressionnants de 400 millions de voitures, 15 à 20 millions de camions et 5 millions de bus. Comme il est davantage adapté aux gros véhicules et à ceux qui font beaucoup de km, l’hydrogène pourrait ainsi réduire d’un tiers les émissions de CO2 de la route.
Mais, ce vent d'optimisme implique toutefois une adhésion des pouvoirs publics et surtout un gros coup de pouce financier. Pour déployer l'hydrogène à grande échelle, il faudrait investir 280 milliards de dollars d'ici 2030. C'est une somme substantielle, mais McKinsey pense que c'est faisable. A condition, évidemment, que les pouvoirs publics jouent sur les bons leviers au niveau de la législation et des incitations financières, et sur le long terme. Il est à noter que la présentation de l’étude a eu lieu en présence de la Secrétaire d'Etat Brune Poirson, rattachée à Nicolas Hulot.
Du côté des organisateurs, la présence de représentants de haut niveau des 18 multinationales qui composent ce Conseil, dont les Présidents de Toyota et d'Air Liquide, était là pour rassurer et montrer que la filière y croit. Autre gage de crédibilité : la présence parmi les invités de Bertrand Piccard, Président de la Fondation Solar Impulse. Très reprise dans les médias, l’étude de McKinsey a été citée à plusieurs reprises par des représentants d’Air Liquide, suite à la COP23. Benoît Potier s’y est par exemple référé lors de l’inauguration de la station d’hydrogène d’Orly (voir notre interview).
*Il regroupe notamment 18 multinationales, parmi lesquelles des constructeurs automobiles et des acteurs majeurs de l'énergie et du transport.
